Lutte contre la dénutrition en France : j’interroge la Ministre de la Santé

Lutte contre la dénutrition en France : j’interroge la Ministre de la Santé

Alors que près de 2 millions de Français souffrent aujourd’hui de dénutrition, j’ai tenu à interroger la Ministre des Solidarités et de la Santé sur les moyens mis en place afin de lutter contre ce déficit des apports nutritionnels. Une récente étude de l’INSERM a en effet souligné un lien de cause à effet entre dénutrition et risques pour la santé.

Retrouvez-en le texte ci-dessous et en suivant ce lien sur le site de l’Assemblée nationale :

Question écrite :

Mme Laurianne Rossi interroge Mme la ministre des solidarités et de la santé sur les moyens alloués à la lutte contre la dénutrition en France. 2 millions de Français sont aujourd’hui concernés par la dénutrition. Femmes, enfants ou personnes âgées atteints de pathologies lourdes ou hospitalisés peuvent perdre l’appétit ou ne plus être en mesure de s’alimenter correctement et être dénutris. Faute de moyens, ces personnes en situation de dénutrition ne bénéficient pas d’une prise en charge adaptée. L’INSERM a récemment pointé du doigt un lien de cause à effet entre nutrition et santé.

Aujourd’hui, il a été reconnu et affirmé qu’une nutrition saine, autant sur le point qualitatif que quantitatif, réduit considérablement les chances de développer une lourde maladie, telle que le cancer, le diabète ou une maladie de type cardiovasculaire. Par ailleurs, selon une récente enquête réalisée par Opinion Way, 56 % des Français estiment que tous les moyens ne sont pas mis en œuvre pour lutter contre la dénutrition. Ce ressenti est partagé par les témoignages des personnes ayant souffert ou souffrant actuellement de dénutrition, puisqu’un patient sur deux identifiés comme dénutris, ne serait pas traité. Cette enquête fait état de la volonté de l’opinion publique de reconnaître et traiter la dénutrition comme un vrai problème socio-sanitaire. Toujours selon cette même étude, 89 % des personnes interrogées trouveraient justifié que la dénutrition fasse l’objet d’un plan de lutte et d’une prévention spécifique. 89 % des médecins interrogés considèrent qu’il y a un véritable enjeu et qu’un enseignement universitaire dédié à cette problématique serait adapté. Enfin, 56 % des personnes interrogées estiment que tous les moyens ne sont pas mobilisés pour traiter correctement ce problème.

Certaines mesures simples pourraient être mises en place, comme la nomination d’un référent dénutrition par établissement de soin ou encore la formation des futurs médecins, des professionnels de santé et des malades au risque nutritionnel.

Compte tenu de ce constat alarmant et de la mobilisation de l’opinion publique, elle lui demande quelles actions le Gouvernement entend entreprendre afin de prévenir le risque nutritionnel et lutter efficacement contre la dénutrition, et ainsi protéger les Français de ce danger.

Réponse du Ministère des Solidarités et de la Santé du 17 avril 2018 :

La dénutrition est une pathologie nutritionnelle fréquente en milieu hospitalier (évaluée de 40 à 60 % selon les services), mais aussi en institution (estimée à 27%), chez les personnes âgées et dans les populations défavorisées. Elle contribue à la morbidité (par le biais d’une augmentation des durées d’hospitalisation, des désordres immunitaires et des intolérances médicamenteuses), à la mortalité et à l’augmentation des dépenses de santé. La sortie d’hospitalisation d’une personne dénutrie l’expose à un risque élevé de ré-hospitalisation en urgence.

La France compterait plus de 2 millions de personnes dénutries en France, dont 800 000 personnes âgées. Il existe très peu de données disponibles sur l’état nutritionnel des personnes âgées, leur consommation alimentaire et leur activité physique. Des outils simples permettent le dépistage de la dénutrition (toise, balance, évolution récente du poids, éventuellement paramètres biologiques, Mini-Nutritional Assessment (MNA) réduit…). Une révision des critères de dénutrition chez l’adulte par la Haute autorité de santé est prévue avant la fin de l’année 2018 en partenariat avec la Fédération Française de Nutrition. L’amélioration de la prévention, du dépistage et de la prise en charge de la dénutrition des personnes âgées d’une part, et de leur statut en calcium et en vitamine D, d’autre part, figurent parmi les objectifs spécifiques du Programme national nutrition santé (PNNS) lancé en 2001.

La mesure du PNNS3, centrée sur la prise en charge de la dénutrition, s’est notamment concrétisée par une expérimentation conduite de 2008 à 2011 par huit unités transversales de nutrition clinique (UTNC). Elle a démontré que la mobilisation des professionnels de santé sur un objectif d’amélioration de la politique nutritionnelle en établissement de santé permettait la mise en place de bonnes pratiques du dépistage et de la prise en charge des troubles nutritionnels et en particulier la dénutrition. Une synthèse à l’usage de tous les établissements de santé qui souhaitent renforcer leur politique nutritionnelle ou organiser une activité transversale de nutrition clinique a été diffusée par le ministère chargé de la santé (direction générale de l’offre de soins). Ce guide, disponible sur le site internet du ministère des solidarités et de la santé, décrit en sept fiches pédagogiques les missions, les indicateurs, les moyens à mettre en œuvre et les pratiques qui sont à promouvoir en région.

Par ailleurs, un travail expérimental a été mené en 2013/2014 en Limousin pour sensibiliser les professionnels des établissements médico-sociaux et la population sur la question de la prévention et du dépistage de la dénutrition et des outils pédagogiques ont été créés et distribués. En décembre 2015, trois sociétés savantes : les Sociétés Françaises de Nutrition, de Pédiatrie et de Nutrition Clinique et Métabolisme ont été sollicitées par le ministère chargé de la santé pour proposer des parcours de soins pour les maladies de la nutrition notamment pour la dénutrition.

Dans le cadre de la Stratégie Nationale de Santé 2018-2022 élaborée par le Gouvernement, il est mentionné que « la prévention et l’accompagnement de la dénutrition et des troubles du comportement alimentaire doivent également être une priorité » et dans le cadre de la prévention de la perte d’autonomie, la Stratégie Nationale de Santé a comme objectif de « promouvoir une alimentation adéquate et une activité physique régulière et adaptée pour limiter les risques de dénutrition ».

Suite à une saisine du ministère chargé de la santé sur la mise à jour des repères nutritionnels du PNNS, il est prévu une remise du rapport scientifique de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) sur l’actualisation des recommandations nutritionnelles du PNNS pour les seniors avant la fin du dernier trimestre 2018. Ce rapport permettra après avis du Haut Conseil de la Santé Publique, l’élaboration par l’agence nationale de santé publique-Santé publique France des repères nutritionnels du PNNS à destination des seniors et de redéployer les stratégies de communication et d’information vers ce groupe spécifique. Le futur programme relatif à la nutrition et à la santé va entrer dans sa phase d’élaboration. La question de la dénutrition pourrait être prise en compte. L’élaboration du nouveau PNNS est prévue avant la fin du premier semestre 2018.

Image liée à cet article sous licence CC0 Creative Commons.

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